Une enfance française - Farida Khelfa


 A la mort de sa mère, découvrant les rites funéraires de ses origines, Farida se replonge dans son enfance, si loin de sa vie d'adulte. Les mots et les souvenirs se bousculent alors qu'elle raconte pour la première fois la vie de cette famille d'immigrés algériens : les HLM misérables, les hommes brisés par l'illettrisme et la colonisation, les mères pétrifiées. Au milieu, une fratrie élevée dans une violence inouïe mais soudée par le rire et la force de vie.

Émerge la vision crue et poétique d'une enfance française, l'âpre histoire d'une petite fille qui a su se recréer et se faire une place dans un monde nouveau, animée par une extraordinaire résilience.

Editions Albin Michel / 19.90€





Mon avis

Évidemment, cette lecture est touchante à la fois par le destin singulier de Farida Khelfa, mais aussi sur ce que cela dit d’une époque, ou plus largement de la vie de celles et ceux de l’immigration qui n’ont rien hormis la violence la plus grande sous toutes ces formes.

Farida Khelfa, que j’avoue avoir découverte avec ce roman, se raconte avec des détails les plus cruels, les plus sombres et qui sont pour autant, tout autant de choses qui vont la pousser de l’avant, lui donner une force pour affronter la vie. Elle raconte la violence de ce père qui sombre dans l’alcool, la folie et se livre comme tant d’autres à l’inceste avec la complicité de cette mère qui ferme allègrement les yeux. Une fratrie qui vole en éclat, une fratrie qui fuit ce domicile dès qu’elle le peut pour survivre. Ailleurs et dans la pauvreté qui est toujours mieux que cette ambiance glauque, pauvre et ou tout est fait pour sombrer encore plus que la génération précédente. C’est le destin d’une jeune fille qui, avec courage, mais aussi naïveté, force et sensibilité va peu à peu se droguer, mais aussi intégrer la mode avec les grands noms des maisons.

C’est une femme qui se raconte sans tabous, avec une franchise cruelle, qui ne cache rien pour mieux saisir qui elle est, mais aussi met en lumière sa famille, son vécu qui parlera sûrement (et malheureusement) à d’autres. On sent toutes ses blessures, toute cette prison avec ses parents qui n’ont pas été protecteur, ni des exemples. Des figures qui ont du quitter sa vie, la vie, pour qu’elle puisse enfin respirer.

“J'ai longtemps pensé que les hommes n'aimaient que les petites filles, qu'ils faisaient semblant d'aimer les femmes, les regards qu'ils nous lançaient le prouvaient. Quoi de plus docile qu'un enfant toujours prompt à satisfaire le désir d'un adulte sans jugement ni comparaison ?”

Un témoignage honnête, franc et qui met en lumière les blessures d’une catégorie de la population, d’une époque, de la difficulté d’une jeunesse qui n’a pas sa place, quelqu’elle soit et qui se bat encore et encore.

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