Vingt-quatre heures d'une femme sensible - Constance de Salm

 


Les éditions Librio proposent une collection “Oeuvre du matrimoire” qui permettent ainsi de (re)faire découvrir au grand public des autrices françaises qui sont pour la plupart oubliées. Ce fut un immense plaisir pour moi de me plonger dans cette collection et de découvrir cette autrice, Constance de Salm.

 

 

C’est un roman épistolaire que je vous propose aujourd’hui. C’est un genre que j’aime énormément et je vous invite à découvrir mes chroniques à ce propos juste ici. Je ne vais pas faire ici une étude de ce genre du XVIIIe, mais partager avec vous mon avis sur ce court roman de 96 pages.

" Véritable petit bijou, ce roman épistolaire, publié en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autres consolations que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir

.Editions Librio - 96p.

 

C’est un roman qui se lit rapidement et qui est facile d’accès. La plume de Constance de Salm est rythmée, fluide et accessible. En effet, dans ce court roman, elle le dit elle-même d’ailleurs, elle tente d’être au plus près de la réalité tout en s’exécutant dans un court format. À mon sens, cela est réussi. C’est un roman qui est basé sur la passion, déchirante, envoûtante...

 

 “L’usage veut tellement que les femmes qui écrivent trahissent sans cesse le secret de leurs tendres sensations, que celles qui parviennent à les renfermer dans leur coeur semblent, en quelque sorte, n’en éprouver assez ; ou du moins ne pas s’attacher assez de prix à cette sensibilité, qui est sans doute un des plus beaux apanages de notre sexe, mais que chacun conçoit et exprime suivant son caractère et le genre de son talent.”

 

Le fait que ce soit un roman épistolaire rend les propos ici encore plus intimes à mon sens. On peut ressentir toute la douleur de cette jeune femme qui aperçoit celui qu’elle aime partir avec une femme et dont elle restera sans nouvelles. C’est déchirant par moment, et personnellement, je trouve que les propos sont encore vrais de nos jours.“Il me semble qu’il y ait des douleurs que l’on éprouve sans le savoir, et dont on ne se rend bien compte que quand elles remplissent tellement le cœur qu’il lui devient impossible de les supporter.”

Néanmoins, par moments, toute cette passion qui dévore cette jeune femme me l’a rendue parfois un peu pénible. Mais le roman fut vraiment très agréable à lire et on ne peut que s’identifier à elle. Cet abandon terrible, cette attente interminable, y compris pour le lecteur, rendent cette lecture intense et le roman est rapidement dévoré.

 “Il me semble qu’il y ait entre deux êtres qui doivent s’aimer une sorte d’appel involontaire et réciproque de toutes les facultés, auquel il est impossible de se tromper.”

La fin est très bien amenée, malgré le court format et je ne suis pas déçue du tout de cette fin, bien au contraire. C’est là aussi une des forces de Constance de Salm avec ce roman, c’est sa justesse. Sa justesse des sentiments, du rythme. 

“Quand je te vois, je n’existe plus par moi-même. Quand tu es loin de moi, je dépose sans cesse sur le papier mes regrets, mes souvenirs, les brûlantes expressions de ma tendresse [...] elles sont devenues, après toi, le premier besoin de mon âme.”

Elle pose aussi la question de l’amour qui nous dévore, qui fait que l’on ne s’appartient plus. Si par quelques aspects, cela peut paraître toxique, le roman montre surtout cette crainte terrible qui s’accomplit en passant que l’abandon de l’autre est arrivé. 

C’est un roman que je vous recommande donc et qui est à mon sens, un bon roman pour se lancer dans le roman épistolaire qui est un tremplin pour se lancer par la suite vers plus de littérature classique.

 Je tiens une nouvelle fois à souligner la bonne idée des éditions Librio de lancer cette collection, car de cette période littéraire dont on retient malheureusement trop de noms masculins, on en oublie que des autrice on contribuer à faire rayonner la littérature française et sont même à l’origine de l’inspiration pour certaines de grands romans de notre patrimoine ou encore à l’origine de très nombreuses publications qui donnent un regard intéressant sur la société de l’époque.

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