Interview avec Irène Cohen-Janca



Je vous retrouve aujourd'hui avec une nouvelle interview de l'autrice de l'ouvrage "Nos droits, leurs combats" dont la chronique est ici. une façon de découvrir le travail derrière un ouvrage riche en enseignements ! 



Bonjour ! Rentons dans le vif du sujet car j'ai plusieurs questions autour de l'élaboration de ce livre. C’est un ouvrage qui est très riche en informations. Combien de temps vous a pris vos recherches ? Comment avez-vous procédé ?

 

Effectivement ce documentaire m’a pris beaucoup de temps, un an environ, et a nécessité de nombreuses recherches. Je me suis appuyée sur quantité de livres, tantôt des ouvrages généraux sur les thèmes évoqués, des livres d’histoire mais aussi des biographies comme celle de l’Abbé Pierre, de Simone Veil ou encore de Léon Blum. Les deux types d’ouvrages permettaient une approche différente de chaque thème, scientifique, chronologique, pour les premiers, plus sensible, plus subjective, permettant de mieux mesurer l’engagement personnel de ces « combattants » pour les seconds.


Cela n’a-t-il pas été trop difficile d’être concises dans les chronologies, quand il y a tellement de choses à dire ?

Il faut naturellement choisir les moments clés, ceux où au terme d’un long combat il s’effectue un saut, un basculement, une avancée tout en essayant de bien retracer le contexte dans lequel ces luttes se déploient. Mais il est vrai que dans cet océan d’évènements, avec parfois des avancées suivies de recul, choisir ceux qui marquaient de véritables étapes était difficile.


 

Était-ce important pour vous de mettre en « image » les différents combats fondamentaux ?

Ce choix des éditrices m’a paru très judicieux, il rend moins arides toutes ces informations, dynamise le contenu, le rend plus vivant, donne à voir des visages, des situations qui permettront une meilleure approche et une mémorisation plus facile.

Les dessins d’Edith par leur précision (l es expressions du visage, les lieux représentés) me paraissent compléter et enrichir remarquablement le texte.


 La mémoire des combats qui nous permettent ainsi de jouir de nos droits actuels sont importants. Avez-vous l’impression que c’est une chose que l’on a tendance à vite oublier ? Qui est une chose perçue comme acquise alors que la démocratie reste une chose fragile ?


Oui je crois que la démocratie est une chose très fragile, les menaces d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier, notamment en matière de liberté. Toutes les avancées technologiques et elles sont vertigineuses peuvent attenter à nos libertés, à la protection de nos vies privées et je dirais même à ce qui constitue l’essentiel, notre vie intérieure.


Par ailleurs se poursuivent les formes classiques d’atteinte à la liberté, comme celle de manifester par exemple qui est un droit fondamental pour les peuples.

Conclusion : restons vigilants et jaloux de nos vies privées, de nos territoires intimes mais aussi entre autres, de notre liberté d’expression. Restons vigilants face à tout ce qui nous désolidarise les uns des autres, nous interdisant de nous rassembler et de créer une véritable communauté humaine (exemple du télétravail qui s’il persiste à la fin de la pandémie laissera les gens isolés, solitaires, impuissants à se battre pour leurs droits)


Le livre est aussi en lien avec Amnesty International. C’était donc important pour vous de faire un parallèle entre la situation en France et le reste du monde ? Un rappel pour les lecteurs français de leur chance au passage en plus de dénoncer des situations compliquées ?

La lettre d’Amnesty est extrêmement forte et belle, nous en sommes très fières, cela donne au livre une véritable légitimité. Oui il est important de ne pas se vivre comme le centre du monde et de regarder ailleurs ce qui se passe et comment les droits fondamentaux sont parfois mis à mal.

La visée de ce livre est d’inscrire ces droits dans le temps, d’en rappeler l’histoire, d’évoquer ceux qui se sont battus pour les faire advenir mais de les inscrire aussi dans le monde et le temps d’aujourd’hui.


 

En cette période ou la parole des femmes est mise en lumière, j’ai compté 7 personnalités masculines sur les 10 portraits qui sont à la fin des divers droits. Il y a seulement deux femmes à savoir Simone Veil et Louise Weiss. Cela montre-t-il que les femmes n’avaient pas la place dans ces combats ?


 Il y a peu de femmes mais c’est parce qu’elles sont restées anonymes, dans l’ombre, agissant collectivement. Ainsi pendant la première guerre mondiale la place des femmes était elle fondamentale, les hommes étant au front, ce sont elles qui ont littéralement fait « marcher » le pays.  

Je reste persuadée que sans les femmes jamais nous n’aurions acquis ces droits précieux.


Est-ce un combat aussi personnel ? Êtes-vous impliquées dans la lutte pour certaines causes ?

Militante hier pour plus de justice sociale, aujourd’hui j’essaie de transmettre certaines valeurs auxquelles je crois dans mes livres.


Pour terminer cette interview, je souhaite faire vos portraits de lectrices si cela est possible. Quelles lectrices êtes-vous ? Avez-vous toujours lu ?

 Pour ma part je suis et ai toujours été une grande lectrice. Vivre sans livres me paraît totalement impossible. Je veux dire que j’ai aussi besoin de la présence matérielle des livres autour de moi.

Une maison sans livres m’apparaît comme vide et désespérante.


Quel titre de roman (ou autre ouvrage) conseillerez-vous 

Je conseillerais Maupassant (Les contes mais aussi Une vie) Flaubert (Madame Bovary) Kafka (La métamorphose) Georges Perec (L’homme qui dort ou W Souvenirs d’enfance), de longues et merveilleuses traversées comme A la recherche du temps perdu et tant de livres encore…

Je conseillerais surtout de lire beaucoup en sachant que vous finirez par trouver le Livre de votre vie, celui qui vous semblera n’avoir été écrit que pour vous et qui vous accompagnera longtemps.

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