La Faute de l'abbé Mouret - Emile Zola

 


Un roman, absolument intriguant pour l'époque puisqu'il s'agit là d'un prêtre de 26 ans qui va succomber à la tentation et tomber amoureux d'une jeune fille. 

Un roman qui ose pour l'époque de Zola et qui est pour moi, pour l'instant, l'un des meilleurs de la série Rougon-Macquart pour diverses raisons.


Serge Mouret est le prêtre d'un pauvre village, quelque part sur les plateaux désolés et brûlés du Midi de la France. Barricadé dan sa petite église, muré dans les certitudes émerveillées de sa foi, assujetti avec ravissement au rituel de sa fonction et aux horaires maniaques que lui impose sa vieille servante, il vit plus en ermite qu'en prêtre. A la suite d'une maladie, suivie d'une amnésie, il découvre dans un grand parc, le Paradou, à la fois l'amour de la femme et la luxuriance du monde. Une seconde naissance, que suivra un nouvel exil loin du jardin d'Eden.

Editions Folio - 512p. - 8.60€


C'est une lecture que j'ai adorée, qui propose des tableaux de jardins divers absolument somptueux. De plus, ce tome va plus loin que le précédent ou la religion servait la politique. Ici, c'est vraiment sur la question de la prêtrise, de cette dévotion intense et exclusive ainsi que de la chasteté que cela impose. C'est, je trouve une question assez risquée pour l'époque. D'après le dossier à la fin du roman, Zola n'aurait rencontré que peu d'ouvrages sur la question, ou en tout cas traitant correctement ce sujet. J'ai trouvé cela osé de la part de cet auteur puisqu'à l'époque, la religion était importante.

"La religion n'est pas une fille pour qu'on la mette dans les fleurs et les dentelles."

Ici, Serge est un prêtre qui vout une grande adoration à maris qui apparaît comme l'image de la femme idéale. Il va tomber malade et sera guéri par Albane, 16 ans, qui va veiller sur lui. La jeune fille vit chez son oncle, dans un endroit clos et isolé du reste du monde. On comprend vite l'image derrière ce couple d'innocents, à savoir la représentation d'Adam et Eve dans le jardin d'Eden. Les descriptions sont fournies et ressemblent presque à des tableaux. De plus, Zola a réussi à créer un lien entre eux des plus tendres et doucement l'amour enfantin s'épanouit et sera consommé.

"J'ai prié, j'ai corrigé ma chair, j'ai dormi sous votre garde, j'ai vécu chaste et je pleure , en voyant aujourd'hui que je ne suis pas assez mort pour être votre fiancé."

Serge retrouve la raison et l'Église, mais continuera au fond de lui-même d'aimer Albine qui va alors en mourir. C'est beau et fort, très cruel aussi mais cette relation est une découverte de l'intime et de l'autre et des sens. C'est sensuel et innocent à la fois. Vraiment, j'ai beaucoup aimé ce que Zola a pu faire ici.

De plus, Serge a une relation aussi très touchante avec sa soeur Désirée, qui reste une enfant pure due à sa différence, tout comme avec la Teuse qui apparait comme la vieille femme d'expérience. On retrouve donc un tryptique de l'image de la femme à divers âges et la encore Zola prouve tout son génie.

Ce tableau s'inscrit dans un petit village, auprès de paysans dont la brutalité et les manières montrent parfois un naturel touchant contrairement à la bourgeoisie parisienne décrite dans les tomes précédents.

"Les fleurs ça ne vit qu'un jour, dit-il encore; tandis que les mauvaises orties comme moi ça use les pierres où ça pousse....Maintenant bonsoir, je puis crever. On m'a soufflé mon dernier coin de soleil."

 

Ce tome est donc une ode à l'amour et à la nature, sauvage et cruelle. Zola a su aborder les choses de la bonne façon à mon sens et fait de ce tome l'un de mes favoris au moment où je rédige cette chronique.


Pour aller plus loin:

La version adaptée en 1970, sur Youtube

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