Délicieuses pourritures - Joyce Carol Oates




C’est un roman particulièrement malsain, très court et qui laisse une impression d’inconfort très forte. Mais, c’est là ce qui rend cette lecture forte, les éléments qui donnent cette impression son très intéressants.  


Une prestigieuse université féminine de la Nouvelle-Angleterre dans les années 75. On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d'art et de poésie. Gillian Brauer, 20 ans, brillante étudiante de troisième année, voudrait briller encore davantage aux yeux de Andre Harrow, son charismatique professeur de littérature, qui a décidé de faire écrire et lire en classe à ses élèves leur journal intime. Il n'octroie ses compliments qu'aux confessions les plus osées ce qui génère surenchères malsaines et incidents ravageurs parmi des filles survoltées, avides de retenir l'attention - et plus - du maître.


C’est une lecture courte, avec un fond qui donne à réfléchir une fois le livre fermé.


Pour commencer, la narration est une chose importante. Elle est tranchante et rapide et on traverse les mois et les années sur un rythme très rapide. C’est la narratrice qui est le personnage central : Gillian est une élève de André Hanov. Ce personnage est doté d’une certaine candeur et innocence qui va se rapprocher de ce dernier, mais aussi du couple de ce dernier. Il y a donc cette ligne directive qu’est la tension sexuelle qu’exerce ce personnage masculin qui donne des cours à des jeunes femmes, visiblement charmés. Elles sont des jeunes adultes et vont donc découvrir à la fois leur féminité, mais aussi le pouvoir de cette dernière ainsi que la sexualité. 


"Le meurtre d'âme, ça existe... Sauf qu'il n'est pas visible comme l'autre."


Il ne faut pas oublier le décor dans lequel s’inscrit cette histoire qui se déroule dans un campus féminin de 1975. Ce professeur va, vous l’aurez deviné, être l’objet de jalousie et de concurrences entre ces élèves qui sont prêtes à se donner entièrement. Au travers des personnages, on découvre l’amitié perverse, la destruction que peut provoquer l’amour et la folie, au sens large.


Il y a cette tension présente qui est constaté avec ce professeur brillant, séduisant mais terriblement malsain. Et celle pour qui nous pourrions avoir de la compassion, son épouse et sculptrice n’est finalement pas si innocente ce qui donne un côté encore plus anxiogène et terrifiant. Tous les deux vont jouer de cette attraction qu’ils exercent. D’une certaine façon, cette lecture m’a fait penser à « Lolita ». 


Une lecture qui dérange mais qui est volontairement dans la provocation et dénonce toutes ces attractions, ces jeux que peuvent exercer des personnalités brillantes sur des esprits plus naïfs, à la fois lorsqu’on est un homme mais aussi une femme.


Editions J'ai lu (128 p.) - 5/5 

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