Les confessions de Frannie Langton - Sara Collins

par - 14.7.20



Un roman riche grâce aux recherches interessantes et peu abordées sous la plume de Sara Collins qui nous offre un portrait d'une femme noire de sa Jamaïque à Londres.

Londres, 1826. Toute la ville est en émoi. La foule se presse aux portes de la cour d'assise pour assister au procès de Frannie Langton, une domestique noire accusée d'avoir tué Mr et Mrs Benham, ses employés. Pour la première fois, Frannie doit raconter son histoire. Elle nous parle de sa jeunesse dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque, où elle a été le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui s'est piquée de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui l'a contrainte à l'assister sur nombre d'expériences scientifiques, plus douteuses les unes que les autres. Elle nous parle de son arrivée à Londres, où elle est " offerte " aux Benham, comme un vulgaire accessoire, de son amitié avec la maîtresse de maison, de leur même appétit pour la lecture, la culture. De leur passion... Elle se dévoile pour tenter de se souvenir de cette terrible nuit, qui lui échappe complètement. Mais une question la ronge sans cesse, comment aurait-elle pu tuer celle qu'elle aime ?



On ouvre le roman avec le début du procès de Frannie qui se tient à Londres pour l’assassinat de ses employeurs. Elle va donc narrer sa vie dans le cadre de sa défense, même si quelque part, dû à sa couleur de peau et de sa condition sociale, nous devinons la sentence.

Sa jeunesse en Jamaïque

Nous allons donc la suivre sur plusieurs années, de sa jeunesse dans les champs de coton en Jamaïque ou elle sera une négresse de maison et au service de deux personnes qui vont, le vouloir ou non, l'éduquer en lui apprenant à lire et à écrire. Des secrets, on le sent rapidement, se cachent entre eux. Des non-dits étranges. Les maitres de Frannie vont alterner avec elle affection, presque parentale, et racisme qui va de pair avec la violence. 



La science & le racisme

En effet, la communauté scientifique à cette époque tentait de comprendre les différences entre les Blancs et les Noirs en tentant des expériences scientifiques, comme l’études des crânes pour expliquer une infériorité intellectuelle notamment. Le tout dans un climat ou le mouvement abolitionniste se fait de plus en plus présent. L'autrice met en lumière une chose qui est très peu abordé et qui finalement à exister. La science a eu un moment donné, un rôle peu glorieux expliquant des théories abjectes et absurdes. Elle donne notamment quelques sources en introduction de son oeuvre ce que j'ai beaucoup apprécié et qui se ressent énormément sans pour autant que cela soit trop scolaire dans la lecture. De plus, l'autrice montre aussi cette population noire londonienne que l'on retrouve peu voir jamais ans les romans sur cette époque. 


Une femme avant tout

C’est aussi l’histoire d’une femme cultivée malgré tout, qui a lu des textes importants (je vous laisse découvrir pourquoi) et qui va trouver son égale chez Marguerite Benham qui est son employeur à Londres, faisant d’elle d’une domestique puis sa femme de chambre. Cette femme française qui ne correspond pas aux standards en étant une femme très brillante, vivante, et homosexuelle. Une liaison va naitre et cet aspect, comme le reste du roman, est très bien tourné par l’autrice. C’est émouvant, parfois malsain puisque Marguerite Benham est mariée et que son époux vit sous ce même toit. Une relation fusionnelle, passionnelle très émouvante.

La plume est riche, rythmée et facile à lire. On alterne à la fois avec le récit de Frannie mais aussi avec le procès ou mes personnages secondaires apportent leur point de vue sur Frannie.


En conclusion, un roman complet, riche, émouvant sur la condition des Noirs de la Jamaïque à Londres. Un roman qu'il faut lire car il est riche autant sur le fond que sur la forme ! 

 

Editions 10/18 (454 p.) - 5/5 - Cultura - Amazon

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